samedi 14 octobre 2017

Les nouveaux remparts de Nantes

Place Louis XVI, on peut voir des vestiges de la muraille médiévale de Nantes.


Et aussi de la muraille contemporaine.


 Un nouveau Moyen-âge ? Plutôt un âge très moyen.

jeudi 12 octobre 2017

Royal de Luxe va-t-il rendre l’argent ? (Question rhétorique.)

Gratuit, le spectacle Miniatures de Royal de Luxe cet été ? Pas du tout : pour y assister, il fallait du temps, et le temps c’est de l’argent. Je ne parle pas ici des 80 minutes que durait le spectacle mais de l’attente pour obtenir l’un des 16.000 billets « gratuits ». On a vu des gens patienter plus de cinq heures ! Si chaque billet a « coûté » en moyenne deux heures de poireautage, il y en a pour 32.000 heures de perdues à faire la queue, soit plus de 60 % d’une vie entière de travail. Mais après tout, chacun utilise son temps à sa guise.

Jean-Luc Courcoult sur le mur de
Royal de Luxe
Miniatures a coûté 650.000 euros à la collectivité. Les contribuables ont donc payé 40,63 euros par spectateur. Pas mal pour un spectacle « gratuit ». D’autant plus que le spectacle a été montré aussi à Malines, en Belgique, essentiellement aux frais de la commune et du gouvernement flamand, à raison de 500.000 euros pour 12.000 spectateurs. (Oui, là aussi, le théâtre « de rue » se joue désormais en espace clos.)

Il faudrait bien sûr tenir compte aussi de la mise en place de la salle de spectacle en plein air, de la perte de recettes sur le parking de la Petite Hollande pendant près d’un mois, des frais de communication pris en charge par la ville, d’une partie des avantages permanents assurés à Royal de Luxe par Nantes Métropole, etc. Mais restons-en pour l’instant à ce montant : 650.000 + 500.000 = 1.150.000 euros.

Un spectacle tout petit-petit-petit-petit

Pour financer quoi ? Comme son nom l’indique, Miniatures, ce n’était pas grand chose. Hormis quelques centaines de verres cassés (416,67 euros les mille chez IKEA), les accessoires étaient réduits au strict minimum et la distribution n’était pas bien nombreuse. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est le patron de la troupe lui-même, Jean-Luc Courcoult, qui présentait Miniatures à Presse Océan comme « un spectacle tout petit-petit-petit-petit, avec pas grand monde dessus, pas beaucoup d'argent pour le monter, à peu près une dizaine de personnes pour le faire ».

Pas beaucoup d’argent pour monter le spectacle, plus d’un million pour le montrer : Royal de Luxe doit rouler sur l’or. Cela sera facile à constater puisque toute association qui perçoit plus de 153.000 euros de subventions publiques dans l’année doit publier ses comptes au Journal Officiel (article L612-4 du code de commerce et décret du 14 mai 2009). Rien que pour l’année 2016, la préparation de Miniatures avait valu à Royal de Luxe 310.000 euros de subvention de Nantes Métropole.

Royal de Luxe hors-la-loi depuis le 1er octobre

Qu’en dit donc le Journal Officiel ? Rien. Royal de Luxe n’a publié ses comptes annuels qu’une seule fois. Ceux de l’année 2012. L’association avait perçu cette année-là 1.459.602,80 euros de subventions, contre 1.607.393,36 euros en 2011. Il faut dire que l’obligation légale n’est assortie d’aucune sanction directe : pourquoi se gêner ? Heureusement pour Royal de Luxe, les Nantais ne sont pas très curieux, car n’importe lequel d’entre eux pourrait demander au président du tribunal de l’obliger à publier ses comptes.

Mais ici, l’obligation légale se double d’une obligation contractuelle. La convention portant sur la subvention 2016 signée entre Nantes Métropole et Royal de Luxe conditionne les versements au respect de différentes clauses dont l’une se réfère explicitement à l’article L612-4 du code de commerce, c’est-à-dire à la publication des comptes.

Fabrice Roussel et Jacques Leroy, signataires de cette convention respectivement au nom de Nantes Métropole et de Royal de Luxe, honoreront-ils leur engagement ? Pour le second, c’est déjà trop tard : les comptes de Royal de Luxe pour 2016 auraient dû être publiés au plus tard le 30 septembre. Reste à voir si le premier saura se faire respecter en résiliant la convention, comme le prévoit l’article 10 de celle-ci.

jeudi 28 septembre 2017

Ces pancartes municipales nantaises qui égarent les piétons

Ah ! la poésie des panneaux municipaux pour piétons ! On a évoqué ici cette pancarte du cours Saint-Pierre qui a longtemps envoyé vers la tour LU les visiteurs en quête du musée des beaux-arts. Relibellée « musée d’arts » et redirigée correctement vers l’établissement, elle a aussi raccourci le temps nécessaire pour y parvenir : l’an dernier, c’était 3 minutes, aujourd’hui, c’est 2 seulement.

Mais Nantes n’a pas fini de s’emmêler les panneaux. Un lecteur me signale (merci EL) une belle étrangeté. Place Louis XVI, une paire de pancartes indique que pour arriver au musée d’arts et au jardin des plantes, il faut marcher vers le sud. Et en même temps, une autre paire de pancartes placée sur le même poteau montre qu’il faut marcher vers l’est.

Ah…

Bizarre, n’est-ce pas ? Et pourtant ça n’est pas faux. Tous les Nantais savent que depuis la place Louis XVI* on peut aller au musée et au jardin par la rue Gambetta, vers l’est donc, ou par le cours Saint-Pierre, vers le sud donc, puis la rue Clemenceau. Ils le savent même si bien, les Nantais, qu’ils n’ont pas besoin que des pancartes municipales le leur disent. Ces pancartes sont faites pour les touristes.

Et croit-on vraiment qu’elles les éclairent ? Deux musées d’arts ! s’exclament les touristes optimistes. Quelle ville bien dotée ! Mais lequel des deux allons-nous visiter ? Et de le jouer à pile ou face… Quand aux pessimistes, on en a vu hésiter longuement puis finir par renoncer, puisque de toute façon, à cette heure-ci, ça doit être fermé.

Les uns et les autres ont tort. Les touristes disciplinés, eux, n’hésitent pas : pour arriver au musée d’arts, ils ne lèvent pas les yeux vers les pancartes, ils les baissent vers la ligne verte. Et celle-ci les dirige… vers le nord, par la rue Saint-Clément**.
_____________________
* Les Nantais ne savent pas tous que c’est vrai aussi depuis la place du Maréchal-Foch.
** Et elle est où, au fait, la rue du Maréchal-Joffre ?

mardi 26 septembre 2017

Le fonds de dotation de l’Arbre aux hérons, trop bien doté en dirigeants

Le fonds de dotation de l’Arbre aux hérons va-t-il partir en vrille ? En tout cas, son décollage paraît laborieux. Ce fonds censé permettre le cofinancement privé du projet d’Arbre aux hérons doit entrer en action dans les prochains jours et sera piloté par la CCI, annonce la presse. Sa création imminente est annoncée depuis plusieurs mois ; ses statuts ont été adoptés par le conseil de Nantes Métropole au mois de juin.

Ainsi – un instant d’attention soutenue s’il vous plaît – un établissement public (la CCI) et une collectivité locale (Nantes Métropole) vont créer un fonds de dotation (forme juridique instaurée en 2008) pour cofinancer un équipement géré par une société à capitaux publics relevant du droit privé (Les Machines de l’île) et construit par une association loi de 1901 (La Machine). Ça commence à chauffer sous les crânes.

Et ça n’est pas fini. Nantes Métropole a publié le 20 septembre sur le site de l’APEC une offre d'emploi portant sur un poste de « Délégué(e) général(e) de fonds de dotation, Arbre aux Hérons » présenté comme un « cadre du secteur privé ».

Et en même temps, comme dirait Emmanuel Macron, Nantes Métropole a publié sur le site web de la fonction publique territoriale une autre offre d'emploi concernant un poste de « Délégué.e générale.e de fonds de dotation, Arbre aux Hérons » (oui, on pratique l’écriture « genrée » dans la fonction publique), au grade d’administrateur, administrateur hors classe ou administrateur général.

Deux délégué.e.s généra.les.ux, l’un.e fonctionnaire et l’autre cadre ? C’est au moins un.e de trop ! Et probablement deux de trop, en réalité. La loi exige d’un fonds de dotation qu’il soit indépendant. Peut-il l’être si son délégué général est embauché par une collectivité locale, cofondatrice du fonds ? Pire : la loi interdit aux collectivités locales de subventionner les fonds de dotation. Gérer un recrutement, n’est-ce pas déjà une subvention en nature ? Sans parler bien sûr de l’éventuelle rémunération du délégué général. La rémunération brute moyenne d’un administrateur général dépasse 60.000 euros. 

Décidément, comme prévu par La Méforme d’une ville, le dossier Arbre aux hérons devient une usine à gaz inextricable. Nantes Métropole s’en serait-elle aperçue à retardement ? En tout cas, les deux offres d’emploi ont soudain cessé d’être disponibles ce matin.

Mais il n’est pas difficile d’en trouver trace sur le web, sous cache Google ou sur le site Facebook créé par la Jeune chambre économique Sud-Loire.
__________
P.S. Comme un lecteur me le fait remarquer (merci EL), la date limite de réponse, le 25 septembre, peut expliquer la suppression des deux annonces. Mais elle n'explique pas pourquoi on a proposé simultanément un poste de fonctionnaire et un poste de cadre privé. Et elle soulève un autre mystère : qu'espère-t-on en publiant le 20 une offre d'emploi à échéance du 25 ? Attirer de bons candidats ? Ou bien être sûr de ne recevoir que la réponse qu'on avait déjà dans la manche ?

dimanche 24 septembre 2017

Mediacités : enfin de l’investigation à Nantes

Enfin Mediacités vint. Il manquait à Nantes un média d’investigation. La presse locale, si elle enquête sur de nombreux sujets, préfère peut-être ne pas trop approfondir ceux qui sont très, disons, « institutionnels ». La Lettre à Lulu, avec ses déclinaisons sur le web et sur Facebook, tend plutôt vers le journal d’opinion vu la place qu’y tiennent les commentaires engagés. Les blogs comme Polémique Victor, de Jean-Claude Charrier, ou Les États et empires de la Lune, d’Éric Chalmel, alias Frap, qui soulignent, critiquent ou recoupent certaines informations, sont trop épisodiques pour peser très lourd.

Mediacités affiche l’ambition de combler ce manque. Ce « journal en ligne d’investigation et de décryptage » accessible sur abonnement vise même très haut. « Nous croyons que la presse doit jouer un rôle de contre-pouvoir au niveau local », indique son manifeste.

Le site « sera décliné dans les métropoles de France en autant de sites que d’agglomérations couvertes », et pour Nantes, voilà, après Lille, Lyon et Toulouse, c’est donc fait : Mediacités a officiellement lancé son édition nantaise le 13 septembre au MEDIACAMPUS du boulevard de la Prairie au Duc. Avec comme coup d’envoi une enquête décoiffante sur The Bridge, la croisière-événement qui a ramené le Queen Mary II dans l’estuaire de la Loire au début de cet été. Il est juste dommage de lui avoir adjoint, comme en contrepoint, une tribune libre de Goulven Boudic empruntée à Place publique qui vole beaucoup plus bas, avec même un soupçon de naïveté sur les bords (non, le concept de « croisière laborieuse » n’est pas du tout « inédit »).

La deuxième grande enquête publiée par Mediacités porte sur « L’échec très discret du tram-train Nantes-Châteaubriant ». Faut-il y voir un message subliminal ? On y découvre en tout cas que s’il arrive aux collectivités locales de gaspiller l’argent des contribuables avec les croisières privées, elles savent très bien le faire aussi avec les transports publics…

mercredi 20 septembre 2017

Les mystères du VAN : Où va l’argent des touristes à Nantes ?

En matière touristique, distinguer « visites » et « visiteurs » représente déjà un effort. Certains peuvent s’y laisser prendre. « Plus de deux millions de visiteurs » a titré Ouest France à propos du Voyage à Nantes 2017. Mais non ! Il ne s’agissait que de visites dénombrées sur vingt-cinq sites soit par un compteur, soit par un « médiateur », soit par une billetterie. Le Voyage à Nantes revendique « seulement » 800.000 visiteurs. Chacun d’eux n’aurait donc même pas visité trois des sites phares du Voyage à Nantes… Conclusion : soit les visiteurs étaient bien moins nombreux en réalité, soit ils ne sont pas venus pour le VAN. Soit les deux à la fois.

Et si déjà le nombre de visites ne dit pas combien il y a eu de visiteurs ni combien il y avait de Nantais dans le lot, il dit encore moins combien ils ont dépensé. Jean Blaise en a sa petite idée. Ou sa grosse idée. « L’an dernier, les retombées économiques ont été évaluées à 50 millions d’€, le résultat sera sans doute supérieur », a-t-il indiqué (Presse Océan du 5 septembre 2017). L’an dernier, Le Voyage à Nantes revendiquait même 51,1 millions d’euros de « consommation touristique des visiteurs estivaux sur le territoire métropolitain » pour 644.000 visiteurs et 80 euros de dépenses par visiteur.

Des touristes très radins... ou bien moins nombreux qu'on ne le dit ?

Les 644.000 visiteurs de 2016 ont été comptés dans les mêmes conditions que ceux de cette année, avec 1.715.527 « visites » dénombrées sur vingt-trois sites, soit moins de 2,7 visites par visiteur en moyenne – et même moins de 1,4 si l’on excluait le Jardin des plantes et la cour du château des ducs de Bretagne. Décidément, les touristes ne montrent pas beaucoup d’intérêt pour les merveilles du Voyage à Nantes.

Les 80 euros de dépenses par visiteur sont-ils davantage plausibles ? Un visiteur qui passe une nuit à l’hôtel dépense aisément 80 euros, et même 160 euros à deux avec le dîner. En revanche, une famille de cinq personnes venue de Rennes ou de Pornic passer la journée à Nantes dans l’espoir – déçu – de dévaler le toboggan du château ne dépense certainement pas 400 euros. Et si le visiteur est Nantais, ce que les compteurs ne savent pas voir, il ne dépense rien. En tout cas, ce n’est pas en billetteries que les visiteurs se ruinent, comme le montre le petit tableau ci-dessous :


Visites VAN 2017
Tarif plein
Recette maxi, €
Musée Jules Verne
9 180
3
27.540,00
Planétarium
2 800
6
16.800,00
Château des ducs de Bretagne
56 463
8
451.704,00
Machines – Galerie
102 500
8,50
871.250,00
Machines – Carrousel
96 242
8,50
818.057,00
Machines- Voyage Grand Éléphant
32 775
8,50
278.587,50
Musée d’Arts
89 632
8
717.056,00
Muséum d'histoire naturelle
23 416
4
93.672,00

Total : 3.274.666,50 euros d’achats de billets pendant les deux mois du Voyage à Nantes, soit en moyenne 4,09 euros par « visiteur » revendiqué : même pas un demi-tour de manège au Carrousel. Si la « consommation touristique » était identique à celle de l’an dernier (51,1 millions d’euros), les billets d’entrée dans les différentes attractions n’en représenteraient que 6,4 % au maximum. Et en réalité beaucoup moins puisque,
- d'abord, une bonne partie des billets ont été vendus à des habitants de la métropole et non à des touristes,
- ensuite, par le jeu des diverses réductions et des formules « Pass », le prix moyen réellement payé par les visiteurs est bien inférieur au tarif plein.
Radins sur les billetteries, les touristes seraient-ils miraculeusement plus prodigues en hôtellerie-restauration ?

Nombre de touristes et dépenses des touristes, les deux termes du calcul de la « consommation touristique » affichée par Le Voyage à Nantes sont donc éminemment suspects. Alors, le jeu en vaut-il quand même la chandelle ? À suivre…

vendredi 15 septembre 2017

Nicole Araignée ? Quel drôle de nom pour un peintre !

Le musée d’arts se hâte lentement. Nantes Métropole recherche pour lui un conseil en communication« Suite à l'ouverture du musée au public le 23 juin 2017, le service communication du musée doit mettre en oeuvre sa politique de communication », explique froidement la direction de la culture. Eût-il pas été préférable que ledit service se préoccupât d'accomplir sa mission avant même l'ouverture du musée au public ? Sans doute a-t-il été pris de court par la rapidité de celle-ci, avec seulement quatre ans de retard sur les prévisions initiales. Il lui aura fallu encore près de trois mois pour découvrir qu'en raison de « compétences actuellement absentes du service » il a besoin d'un prestataire extérieur.

Ce dernier, retenu pour quatre mois, devra se charger de tâches exigeant des compétences rares comme la « rédaction de dossiers de presse » et les réponses aux « sollicitations et besoins divers du service ». Mais il ne sera pas seulement chargé de rattraper le temps perdu : il devra « préparer la communication de la première grande exposition temporaire d'hiver ». Celle-ci « établit le musée dans le concert des grands musées européens mais également internationaux comme Le Louvre, la National Gallery de Londres ou encore le Metropolitan de New-York », claironnait six mois à l’avance le dossier de presse du musée d’arts. Elle ouvrira ses portes le 1er décembre. C’est-à-dire que le communicant choisi n’aura en pratique que deux mois pour hisser le musée d’arts de Nantes au niveau des plus gros calibres internationaux. On cherche un surhomme.

Le défi est d’autant plus grand que l’exposition grâce à laquelle le musée d’arts de Nantes se mesurera au Louvre et au Metropolitan sera consacrée au peintre Nicolas Régnier (1591-1667). Un « génie caravagesque », assure le dossier de presse du musée, pas avare de compliments, mais un génie quand même pas très connu à ce jour. Du reste, il semble que Nantes ne possède pas une seule de ses œuvres : les quarante tableaux exposés viendront d’ailleurs. Pourquoi alors avoir choisi cet artiste pour une première exposition de prestige ? Sans doute parce que la Bretagne possède avec Annick Lemoine, enseignante à l’université de Rennes 2, la première (et seule) spécialiste internationale incontestée de son œuvre.

L’exposition sera sûrement irréprochable. Un catalogue publié par Liénart est déjà dans les cartons. Un colloque international sur les peintres étrangers en Italie au temps de Nicolas Régnier aura lieu dans l’auditorium du musée sauvé à grands frais des eaux souterraines. Ne reste qu’à faire venir le public. Là, ce sera au conseil en communication de jouer. Et il n’aura pas la tâche facile puisque Nicolas Régnier n’est pas seulement peu connu, il l’est sous différents noms. Hors de France, ce peintre flamand qui a surtout exercé en Italie est plus souvent appelé Niccolò Renieri, ce qui ne favorise évidemment pas une notoriété internationale. Déjà que tout le monde ne sait pas que Leonardo da Vinci ne fait qu’un avec Léonard de Vinci…

mercredi 13 septembre 2017

Jean Blaise dézingue-t-il Hécate pour sauver le toboggan ?

Nicolas Darrot « s’est planté », a dit suavement Jean Blaise à Julie Charrier-Jégo et Tifaine Cicéron (Presse Océan, 5 septembre 2017) à propos de Hécate, cette œuvre posée place Graslin le temps du Voyage à Nantes. L’extérieur, déjà, n’était pas bien beau. Les plus indulgents comparaient l’installation à une tente de Bédouins ; les moins aimables, à un gros sac poubelle. Mais la vraie déception était à l’intérieur, « cela ne fonctionnait pas quand il n’y avait pas de soleil », déplore Jean Blaise. Certes, pour qui visitait Hécate par temps gris, comme ce fut mon cas, « il ne se passait pas grand chose ».

Qu’un dispositif opto-mécanique censé jouer avec la lumière soit comme un joueur du FCN privé de ballon quand le Soleil n’est pas là, on aurait pu s’en douter. D’autant plus que Hécate est la déesse de la Lune : le désastre était annoncé. Ce n’est pas tant Nicolas Darrot que son commanditaire qui s’est planté. « Ce sont les aléas de la création », dit Jean Blaise. Non, ce sont les aléas d’un donneur d’ordre qui n’a pas bien réfléchi à ce qu’il allait obtenir.

Mais pourquoi Jean Blaise étale-t-il si complaisamment son échec ? On l’a entendu plus d’une fois rhabiller en coup de génie les flops les plus manifestes. Deux-trois adjectifs bien sentis et le tour était joué. Hécate aurait pu devenir une « ode magique aux éléments qui déploie ses séductions aux premiers rayons de l’astre des cieux », ou quelque chose dans le genre, histoire de renvoyer la responsabilité sur la météo.

Quel contraste avec le toboggan du château des ducs de Bretagne ! Inaccessible la moitié du temps, Paysage glissé a vu passer cinq fois moins de visiteurs que Hécate et a sûrement fait bien plus de déçus. Qu’importe, Jean Blaise est pour lui plein d’indulgence. « Nous avions fait les études nécessaires, mais il ne faut pas oublier que c’est un prototype », a-t-il dit à Julie Urbach, de 20 Minutes. Un prototype est le premier exemplaire d’un objet destiné à être produit en série. Et l’on croyait que c’était une œuvre d’art ? Quant aux « études nécessaires », vu le résultat, il n'est pas sûr que les trois protagonistes de la maîtrise d'œuvre -- architecte, constructeur, bureau d'étude -- soient ravis qu'on y insiste.

Hécate n’était pas moins un prototype que Paysage glissé. Pourquoi alors crier Darrot sur le baudet ? Pour détourner les regards, le temps que Jean Blaise redore le blason de son toboggan, qu’il voudrait conserver ad vitam aeternam ? Ce qui est une autre histoire – on y reviendra. 

mercredi 6 septembre 2017

Le VAN 2017 fidèle à la tradition des bilans invraisemblables

Pourquoi tant de hâte ? Quatre jours seulement après la fin de son opération estivale, Le Voyage à Nantes en a tiré un bilan, avec dossier de presse de seize pages à l’appui. Était-il donc écrit d’avance ? En partie, oui. Il s’ouvre sur la même formule grotesque que le bilan 2016, on a juste changé le millésime :

« Toute l’année le Voyage à Nantes travaille pour le développement du tourisme à Nantes et si l’événement estival reste la partie la plus visible de son action, cette édition 2017 marque, après 6 ans d’activités, combien l’art dans l’espace public bouscule la forme de la ville jusqu’à inventer de nouveaux usages pour ses habitants et visiteurs extérieurs. »

Le Voyage à Nantes radote-t-il ? Disons charitablement qu’il pratique le copier/coller. Et comme c’est courant sur internet, cela peut expliquer sa précipitation : le premier qui parle voit ses propos reproduits un peu partout, donc classés haut par les moteurs de recherche, donc considérés comme vérité d’évangile…

Le Voyage à Nantes annonce 2.389.943 « visites » entre le 1er juillet et le 27 août. Pour obtenir ce score, il additionne simplement les passages sur deux douzaines de sites. Il aurait pu l’augmenter ou le diminuer à volonté : il suffisait de moduler le nombre de compteurs posés ici et là. Or les compteurs comptent bêtement. Le retraité nantais qui fait chaque jour sa petite promenade au jardin des Plantes compte pour 58 visites à lui tout seul. S’il pousse jusqu'au buffet de la gare pour prendre un café, il sera à nouveau compté au retour : 116 visites. J’évalue ma contribution personnelle à une cinquantaine de visites comptabilisées sur une dizaine de sites.

Des visiteurs peu intéressés par le VAN

Les seuls résultats incontestables sont ceux des billetteries. Elles ne sont que huit. Là, on plafonne à 102.500 à la Galerie des Machines – et ce n’est encore pas un nombre de « visiteurs » puisque une partie des billets sont achetés par des Nantais. Le Planétarium ne dépasse pas 2.800 entrées tout rond.
De cette macédoine de chiffres, Jean Blaise tire néanmoins un bilan aussi global qu’inexpliqué : Nantes aurait reçu cet été 800.000 visiteurs, soit un quart de plus que l’an dernier. Des visiteurs pas très intéressés, dirait-on : L’Atelier, le cours Cambronne ou le Temple du goût, par exemple, ont reçu respectivement 16.249, 39.097 et 29.507 visites. Ces sites dûment répertoriés par le plan officiel de la ligne verte n’auraient donc été admirés que par respectivement 2 %, 5 % et 4 % des visiteurs censés être venus pour les voir…

Globalement, 800.000 visiteurs pour 2.389.943 visites revendiquées, ce n’est même pas trois visites par visiteur en moyenne, sans même avoir déduit les 116 visites du retraité. Si l’on exclut le château et le jardin des plantes, qui représentent 40 % du total, c’est moins de deux visites par personne ! À quoi bon avoir répertorié 57 étapes ?

Soit les visiteurs extérieurs sont en réalité bien moins nombreux que ne le prétend Jean Blaise, soit ils ne sont pas venus pour Le Voyage à Nantes. Bien entendu, ces deux hypothèses ne sont pas exclusives l’une de l’autre ! À l’évidence, beaucoup de visiteurs viennent pour le château des ducs de Bretagne, ou pour le musée d’arts, ou pour les Machines de l’île, ou pour La Loire à vélo, ou pour visiter la famille, ou pour préparer la rentrée en fac’ du petit, et pas du tout pour contempler un drapeau noir agité par une machine au théâtre Graslin ou un bidet pas fini posé dans le cours Cambronne.

Qu’importe, Le Voyage à Nantes se les approprie quand même. Et en tire des extrapolations économiques hasardeuses sur lesquelles on reviendra. 

samedi 2 septembre 2017

Médusant, le musée d’arts : (11) quand on aime, on ne compte pas ? Voire…

L’édition 2017 du Voyage à Nantes était « fortement tournée vers l’Art », assurait Jean Blaise, qui en avait même fait le slogan de l’année : « Ceux qui aiment l’art viendront à Nantes ! » -- à preuve la visite d’Eva & Adele, ces deux vieilles dames (dont un vieux monsieur) qui ont modestement décidé que chacune de leurs apparitions est une œuvre d’art. (Hélas, Le Voyage à Nantes n’a pas dit combien lui a coûté leur unique prestation locale.)

Combien sont-ils donc, « ceux qui aiment l’art » ? Un chiffre en donne une idée : 89.632 visiteurs au musée d’arts de Nantes pendant les deux mois du Voyage à Nantes. Jean Blaise considère que le musée « a tenu ses promesses », rapporte Julie Charrier-Jégo dans Presse Océan. Comme il n’avait rien promis, c’était plus facile.

Personne ne semble insister sur ce résultat. Par charité, peut-être : on ne tire pas sur une ambulance.

Panneau encore visible sur la chapelle de l'Oratoire
Ouvert en juin 2013, le MuCEM de Marseille a reçu 1 million de visiteurs en quatre mois. Mais Marseille, c’est grand ! Prenons Lens, alors : Le Louvre-Lens a ouvert ses portes vers la fin de l’automne 2012. En deux mois, il a drainé 200.000 visiteurs : deux fois plus en hiver que le musée de Nantes en été. Mais Lens, c’est le Louvre ! Soit, prenons le musée Soulages de Rodez, alors. Inauguré en 2014 : il lui a fallu deux mois et demi pour franchir la barre des 100.000 visiteurs. Ah ! tout de même : avec 100.000 visiteurs en deux mois et une semaine, Nantes coiffe sur le poteau ce musée spécialisé du lointain chef-lieu de l’Aveyron, une agglomération dix fois moins peuplée. (Accessoirement, le musée Soulages est trois fois moins grand que celui de Nantes et sa construction a coûté trois fois moins cher que notre rénovation.)

Les trois exemples ci-dessus sont ceux de nouveaux musées. Si l’on s’intéresse aux réouvertures après travaux, on trouve celle du musée de l’Homme à Paris, un musée thématique aux surfaces d’exposition quatre fois inférieures à celles de Nantes : 150.000 visiteurs en deux mois de 2016. Pourra-t-on se consoler avec le cas du Lille Métropole Musée d'art moderne de Villeneuve-d’Ascq ? Un peu moins grand que le musée de Nantes, il a rouvert en 2010 après des travaux trois fois moins coûteux que les nôtres. Il lui a fallu trois mois pour attirer autant de visiteurs, 88.762, que Nantes pendant les deux mois du Voyage à Nantes. Mais c’était à l'automne, et pas en centre-ville. Au fait, sa patronne de l'époque s’appelait Sophie Lévy. Elle dirige aujourd’hui le musée d’arts de Nantes.

Évitons de trop regarder vers l’étranger : il y aurait de quoi déprimer. Quand il a rouvert ses portes en juillet 2006 après 28 millions de livres de travaux, le musée Kelvingrove de Glasgow a drainé un million de visiteurs en deux mois. La visite y est gratuite, mais tout de même, dix visiteurs gratuits en Écosse pour un payant en Bretagne, ça fait mal. Peut-être « ceux qui aiment l’art » comptent-ils quand même, après tout : le billet d’entrée plein tarif coûte 8 euros. La culture coûte cher ? Essayez le toboggan.