lundi 13 novembre 2017

Bolopoly (35) : FiascoNantes

« SoNantes : le fiasco de la monnaie locale », titre aujourd’hui Presse Océan sur toute la largeur de sa Une. « Le constat est sévère, c’est un échec », confirme Philippe Corbou en pages intérieures. Et moi qui hésitait à revenir sur le sujet, comme me l’avait suggéré Herminie44 fin octobre

La SoNantes est en plein marasme. Depuis des mois, le compteur des entreprises adhérentes est bloqué sur 175. Le plus récent adhérent répertorié à ce jour par son annuaire, Olibaba, spécialiste des produits à base d’olive, était déjà signalé comme nouvel adhérent le 18 juillet dernier sur le compte Facebook de la SoNantaise. Lors du lancement de la SoNantes en avril 2015, ses fondateurs affichaient une cible de 3.000 entreprises adhérentes en trois ans : il ne reste que 14 % du temps pour remplir 94 % de l’objectif…

« Ce projet n’a pas coûté le moindre centime d’argent public », assure Pascal Bolo, « grand argentier de la ville ». Quelle blague ! Pendant des années, lui-même, un professeur d’université et le directeur général du Crédit Municipal ont multiplié les réflexions et les voyages d’étude. Cette phase a déjà coûté 0,8 million d’euros. Puis le Crédit Municipal a investi dans l’aventure 2 millions d’euros, dont plus de 750.000 ont déjà été engloutis par les pertes des années 2015 et 2016. Or, comme il le précise lui-même, le Crédit Municipal est « un établissement public de crédit et d’aide sociale, propriété de la ville de Nantes ». Ce qui coûte au Crédit Municipal coûte aux Nantais.

Si elle n'est pas toujours clairvoyante, l’opposition, dans cette matière économique, s’est montrée plus éclairée que l’homme qui dirige les finances municipales. À plusieurs reprises, Laurence Garnier avait dit que ça ne pouvait pas marcher. Et ce blog ne disait pas autre chose. La série Bolopoly est longue ; en voici les précédents épisodes :

samedi 11 novembre 2017

Le nouveau moteur de l’Éléphant : (4) business hybride

Le moteur hybride choisi pour rééquiper l’Éléphant a-t-il une génération de retard ? Ici, il faut lancer un appel solennel aux spécialistes de l’énergie électrique : Quelle puissance faut-il pour déplacer à 2 km/h sur terrain plat une machine de 48 tonnes ? Et, aux prix actuels, que coûteraient les batteries nécessaires ? Un indice : deux sociétés suisses viennent de convertir au tout-électrique un énorme dumper Komatsu de 45 tonnes à vide plus 65 tonnes de charge, qui livre des blocs de pierre à une cimenterie depuis une carrière à flanc de montagne sur une pente à 13 %. Ses batteries ont une capacité de 700 kWh. Il se pourrait donc qu’on reparle de la technique avant longtemps.

Mais revenons au montage de l’opération. Nantes Métropole propriétaire de l’Éléphant paie l’essentiel des travaux, à charge pour la société publique locale (SPL) Le Voyage à Nantes, gestionnaire des Machines de l’île, de réaliser le programme. Le Voyage à Nantes est soumis aux règles des marchés publics pour l’ensemble de ses achats. Or, la liste des achats publics affichée par Le Voyage à Nantes ne comporte pas trace d’un appel d’offres concernant l’achat du moteur et des services connexes. Il semble que ce marché de 413.000 euros HT ait été confié de gré à gré à la société Dintec.

Dintec n’est pas un inconnu : c’est ce petit bureau d’études, déjà, qui a conçu le moteur hybride du cheval-dragon construit par l'association La Machine, animée par François Delarozière, dont on connaît les liens étroits avec Les Machines de l’île. Sur son propre site web, Dintec indique être membre de cette association. Il fait partie d’un groupe nantais prospère dont l’une des principales activités est la vente de moteurs diesel et qui a fêté ses 35 ans aux Machines de l’île en 2013. Le fondateur de ce groupe, aujourd’hui en retraite, est un ami personnel de François Delarozière, notait incidemment le magazine municipal Nantes Passion il y a quelques mois.

Comme le monde est petit et Chantenay plus encore, il se trouve que le groupe ou ses actionnaires détiennent une bonne partie des terrains les plus proches de la carrière de Miséry. La décision soudain prise d’y construire l’Arbre aux Hérons imaginé par François Delarozière, animateur de La Machine, et Pierre Orefice, directeur des Machines de l’île, peut leur laisser espérer une jolie plus-value. De ses nouveaux bureaux, Dintec pourrait même surveiller le chantier en direct. Entre amis, il est bien normal de se rendre des services. 

vendredi 10 novembre 2017

Le nouveau moteur de l’Éléphant : (3) recalé à la session de rattrapage

On dirait que Pierre Orefice a été piqué au vif par les deux billets publiés ici ces derniers jours à propos du changement de moteur du Grand Éléphant : « Un très mauvais choix initial » et « Beaucoup de rien pour bruit ». Emmanuel Vautier et Stéphane Pajot, lui prêtent aujourd’hui leur plume dans Presse Océan pour tenter de remettre son discours d’aplomb.

Hélas, le patron des Machines de l’île se montre une fois de plus brouillé avec les chiffres. Il réaffirme que l’Éléphant, dont le circuit « fait environ 1 km » aurait parcouru 20.000 km en dix ans.  « Comment les Machines aboutissent-elles à 20.000 km ? » demande le quotidien. « Nous avons fait une moyenne : 9 voyages sur 300 jours par an », répond le patron des Machines. On n’a donc pas pensé à équiper l’Éléphant d’un compteur kilométrique ? Cela aurait été plus prudent, car ce calcul à la louche est faux.

Si par « voyages » Pierre Orefice désignait autant de circuits, il devrait revendiquer un kilométrage 35 % plus élevé, 27.000 km parcourus et non 20.000. En effet, de notoriété publique, 9 voyages x 300 jours x 10 ans x 1 km = 27.000 km. Comment se tromper dans un calcul aussi élémentaire ? (La question s'adresse aussi à Emmanuel Vautier et Stéphane Pajot, qui auraient dû repérer l'erreur au premier coup d'oeil.)
Le verdict de Google Earth : des Nefs au Carrousel, l’Éléphant parcourt 327,63 m.
Mais l'erreur la plus grave est ailleurs. Les neuf « voyages » par jour désignent en réalité des « embarquements » pour des trajets de moins de 350 mètres chacun en moyenne, allant soit des Nefs au Carrousel, soit du Carrousel à la passerelle, soit de la passerelle aux Nefs, qui mis bout à bout forment un circuit complet. Pierre Orefice aurait donc dû annoncer 9 voyages x 300 jours x 10 ans x 0,350 km = 9.450 km. Les 20.000 km revendiqués sont bidons pour plus de la moitié !

Si l’on voulait entrer dans les détails, il faudrait préciser que de 2007 à 2012, les trajets étaient un peu plus longs car le Carrousel n’existait pas. Mais ils étaient aussi moins nombreux : ils variaient de quatre embarquements en basse saison à huit en haute saison. La moyenne de neuf voyages par jour retenue par Pierre Orefice est donc erronée. Il faudrait aussi noter que si les Machines sont bien ouvertes environ 300 jours par an, le nombre de jours de fonctionnement de l’Éléphant est inférieur. Du fait des pannes, des révisions et des intempéries (en théorie, l’Éléphant ne devrait pas fonctionner quand le vent souffle à plus de 50 km/h, soit une cinquantaine de jours par an), il faudrait retrancher du total plusieurs centaines de kilomètres. 

jeudi 9 novembre 2017

Le nouveau moteur de l’Éléphant : (2) beaucoup de rien pour bruit

En arrêt pour travaux, l’Éléphant de l’île de Nantes va être équipé d’un moteur hybride. Il fonctionnera au thermique et à l’électrique. Ce sera « le premier pachyderme mécanique éco-responsable », se rengorgent Les Machines de l’île.

Dans une motorisation hybride standard, le moteur électrique fonctionne seul quand les besoins d’énergie sont faibles (typiquement, à petite vitesse) ou en appoint du moteur thermique pour répondre à un besoin ponctuel (typiquement, pour accélérer ou monter une côte). Ses batteries sont rechargées par le moteur thermique en vitesse de croisière ou par récupération d’énergie cinétique au freinage ou en descente. Une motorisation hybride est donc intéressante lorsque les terrains et les vitesses sont divers.

L’Éléphant va-t-il désormais galoper à hybride abattue à travers l’esplanade des Chantiers ? Ou se cabrer à la manière du cheval-dragon ? Cramponnez-vous là-haut, ça va secouer ! En dehors de ces hypothèses, s'il continue à fonctionner à toute petite vitesse stabilisée, sans côte à monter ou à descendre, un moteur hybride ne lui sera pas d'une grande utilité. Ses besoins en énergie demeureront identiques. Il consommera moins (quoique certainement pas les « dix fois moins » annoncées par Pierre Orefice) parce que son moteur diesel sera plus efficient, un point c’est tout.

Un moteur en retard d’une génération ?

Reste quand même un unique avantage : doté d’un moteur hybride, l’Éléphant pourra fonctionner à l’électricité, donc en silence, sur certaines parties de son parcours, en particulier sous les Nefs. Ce ne sera pas du luxe ? Si quand même, pour plusieurs raisons :
  • Le nouveau moteur diesel de 140 ch devrait déjà être moins bruyant que son prédécesseur de 420 cv. 
  • Le ronronnement de l’Éléphant, contrairement au prix des billets, n'est pas souvent critiqué par les visiteurs. Pour certains même, il participe au spectacle. « Sympathique, bruyant, des enfants partout... », écrit l'un d'eux,
  • Le barrissement de l’Éléphant est plus bruyant que son moteur ; pourtant, il est douteux qu’on y renonce.
  • Surtout, le bruit pourrait être largement réduit par un capot insonorisant (camouflé par exemple en éléphanteau suivant sa mère).

Cette dernière disposition était d’ailleurs possible dès le début, en 2007. Pourquoi la réduction du bruit est-elle soudain devenue un objectif si impérieux qu’on lui consacre des centaines de milliers d’euros ? Pour faire moderne ? La Toyota Prius, hybride elle aussi, est née dix ans avant l’Éléphant, en 1997 ! (Accessoirement, on note que son silence n’est pas seulement une affaire de moteur : Toyota a soigné l’insonorisation.) Mais à présent, tous les grands constructeurs automobiles lancent des modèles 100 % électriques. Au niveau mondial, Google enregistre quatre fois plus de recherches sur « electric car » que sur « hybrid car ». En choisissant un diesel en 2007, Les Machines de l’île avaient un temps de retard. Et en choisissant un hybride en 2017 ?

À Ergué-Gaberic, près de Quimper, BlueSolutions, filiale du groupe Bolloré, construit aujourd’hui le BlueTram, tramway électrique sans rails ni caténaires capable de parcourir 2 km sur une seule recharge de 20 secondes. Deux kilomètres : plus qu’il n’en faudrait à l’Éléphant pour une tournée complète des Nefs aux Nefs. Si l’on tenait à changer de moteur, voilà pour le coup une solution qui aurait fait moderne.

« On aurait été incapables de le trouver parce que l’on restait bloqués sur l’île de Nantes », disait Pierre Orefice l’an dernier à propos du site choisi pour l’Arbre aux Hérons. Reste-t-il à présent bloqué sur le Bas-Chantenay au point de ne pas imaginer qu’on puisse trouver des motoristes ailleurs en Bretagne ?

mardi 7 novembre 2017

Le nouveau moteur de l’Éléphant : (1) une machine partie du mauvais pied

« Votre voiture diesel a 20.000 km, le moteur est bon à changer » : le jour où votre garagiste vous annonce ça, devis de 7.700 euros H.T. à la clé pour un modèle acheté neuf 20.000 euros il y a dix ans, vous vous mettez en rogne. Vous maudissez le constructeur. Le vendeur aura de vos nouvelles. Mais quand Les Machines de l’île nous disent que notre Éléphant (nous en sommes tous un peu propriétaires puisqu’il appartient à Nantes Métropole) est à l’arrêt pour changer de moteur et que les travaux vont coûter 770.000 euros hors taxes (dont 413.000 pour le moteur lui-même), tout le monde a l’air de trouver ça normal.

« Le Grand Éléphant se refait une beauté après avoir parcouru près de 20 000 kilomètres et effectué pas moins de 23 000 voyages », assurent Les Machines de l’île. Dont la calculette doit être déréglée une fois de plus. L’Éléphant a peut-être effectué dans les 23.000 voyages depuis 2007, soit pas loin de huit par jour de fonctionnement en moyenne, mais cela ne fait pas 20.000 km. Ses « voyages » conduisent l'engin des Nefs au Carrousel, du Carrousel à la passerelle ou de la passerelle aux Nefs, soit des trajets de 350 m en moyenne. 23.000 x 350 m = 8.050 km*. C’est bien la première fois qu’on trafique le compteur d’un véhicule pour lui ajouter des kilomètres.

En tout état de cause, fût-elle même de 20.000 km, la distance parcourue – à moins de 2 km/h de moyenne sur terrain plat et ferme – n’avait pas de quoi épuiser un diesel de 420 chevaux. Pourquoi le remplacer, alors ? Par souci d’« exemplarité » (sic). Le nouveau moteur « va consommer dix fois moins et sera moins bruyant », a assuré Pierre Orefice à 20 Minutes. « Il polluera bien moins en rejetant vingt fois moins de particules dans l'atmosphère », a-t-il aussi promis à Ouest France. Dix fois moins de carburant, vingt fois moins de particules ? Soit le patron des Machines de l’île nous raconte des histoires, soit le moteur d’origine était un choix vraiment catastrophique.

Confirmation : le moteur de 420 ch va être remplacé par un moteur de 140 ch seulement alors que les besoins en énergie ne seront pas moindres. Ce qui est exemplaire n’est pas la vertu du nouveau moteur mais l’inadéquation de l’ancien. Plus étonnant encore : le remplacement du moteur est confié à ceux qui avaient fait un mauvais choix de départ. Faire et défaire, c’est toujours facturer.
______________

* La réalité est un peu supérieure, peut-être 10.000 km, car de 2007 à 2012, avant l’inauguration du Carrousel, les voyages étaient plus longs : la boucle des Nefs aux Nefs ne comptait que deux tronçons au lieu de trois.

Mise à jour du 8 novembre : Une première version de ce texte indiquait que les travaux allaient coûter 7,7 millions d'euros H.T. C'était une coquille, bien entendu : le changement de moteur n'allait pas coûter trois ou quatre fois le prix initial de l'Éléphant ! Merci aux lecteurs vigilants qui ont rectifié et toutes mes excuses à ceux qui auraient été induits en erreur.

lundi 6 novembre 2017

Le Fonds de dotation de l’Arbre aux hérons, OVNI juridique ?

Le Fonds de dotation de l’Arbre aux hérons est un faux nez de Nantes Métropole. Cela suffit à créer une insécurité juridique. Ce n’est pas tout. Les rédacteurs de ses statuts semblent s’être ingéniés à multiplier les risques. Du moins dans la version adoptée par le conseil de Nantes Métropole le 26 juin 2017.

Ce Fonds est un fonds « redistributeur ». Un tel fonds reçoit et gère des biens et « redistribue [les revenus] pour assister une personne morale à but non lucratif dans l'accomplissement de ses œuvres et de ses missions d'intérêt général » (Loi n° 2008-776 du 4 août 2008 de modernisation de l'économie, art. 140). Il doit définir sa propre mission avec rigueur. Le Comité stratégique des fonds de dotation réclame qu’elle « soit décrite avec précision dans les statuts afin que son caractère d’intérêt général ne prête pas à contestation ». Cette exigence a été rappelée par le ministre de l’Intérieur et le ministre de l’Économie dans une circulaire aux préfets.

Le Fonds de dotation de l’Arbre aux hérons décrit-il sa mission avec précision ? Selon l’article 2 de ses statuts, il « a pour objet de financer les actions concourant à la création d’une œuvre d’art d’intérêt général dénommée « Arbre aux Hérons » sur le site de la carrière Chantenay à Nantes. » Cela peut sembler précis. Hélas, le même article ajoute que le fonds « a pour vocation de :
  • Concevoir et mettre en oeuvre la stratégie de recherche de fonds privés d’entreprises, d’associations et de particuliers désireux de participer au financement de l’ « Arbre aux Hérons »,
  • Animer le collectif des donateurs et des acteurs du projet en leur donnant les informations sur l’avancement du projet en relation avec Nantes Métropole et le Maître d’œuvre
  • Concevoir en lien étroit avec les auteurs le récit et la communication qui doivent accompagner le projet »
Il vise donc à jouer un rôle large. Un fonds de dotation s’occupe normalement d’activités « amont » : il recueille des capitaux, les gère et choisit la cause qui en bénéficiera. La suite n’est pas son affaire. Le Fonds de dotation de l’Arbre aux hérons, lui, compte s’occuper d’activités « aval ». Les statuts eux-mêmes le qualifient explicitement d’« outil de gouvernance ». En amont, il n’a pas le choix : il « reversera la dotation en capital et ses autres ressources à Nantes Métropole en vue de la réalisation du projet ‘Arbre aux Hérons’ ».

Là, on débusque une petite astuce. On l’a vu, l’objet du fonds est de financer « la création d’une œuvre d’art […] dénommée ‘Arbre aux Hérons’ »… mais l’argent récolté servira à « la réalisation du projet ‘Arbre aux Hérons’ ». De même que Voyage à Nantes désigne à la fois une société publique locale et l’opération estivale qu’elle organise, Arbre aux Hérons désigne à la fois une « œuvre » et un « projet ». Ce dernier est décrit par les statuts comme « un projet unique et singulier qui permettra au territoire de la métropole nantaise de franchir un cap en termes de rayonnement et de visibilité mondiale, et aussi de renforcer son développement touristique et économique avec des retombées directes pour le territoire ». On est loin de l’œuvre d’art, désormais.

Corrélativement, la troisième « vocation » énoncée plus haut intrigue. Vu l’ampleur du projet, concevoir « le récit et la communication qui doivent [l’]accompagner » est un travail considérable. Et vu l’ambition affichée, il ne peut être confié à des amateurs. Le Fonds de dotation sera-t-il en réalité une direction de la communication ou une agence de publicité ? On note que l’article 10 des statuts inclut parmi ses ressources « le produit des rétributions perçues pour services rendus ».

Inutile de pousser plus loin les conjectures, il faudra observer la pratique effective du Fonds. Toujours est-il que sa mission n’est pas « décrite avec précision dans les statuts ».

lundi 30 octobre 2017

Le Fonds de dotation de l’Arbre aux hérons en danger de transparence

« Nouvelle étape clef pour l'arbre aux hérons avec le premier conseil d'administration du fonds de dotation réuni ce soir avec tous les partenaires économiques du projet qui a élu Bruno Hug de Larauze à sa présidence », a proclamé Johanna Rolland dans la soirée du 26 octobre sur son compte Facebook, avant de confirmer en 121 signes sur Twitter quelques minutes plus tard.


Que MM. de Larauze et Delarozière s’accrochent aux mêmes branches n’a rien d’un scoop. L’information avait été éventée dès le 14 septembre à l’occasion d’un entretien avec Johanna Rolland réalisé par Franck Renaud, pour Place Publique, et Éric Chalmel pour son blog Les États et empires de la Lune. « Vous avez nommé un chef d’entreprise, Bruno Hug de Larauze, ancien président de la Chambre de commerce et d’industrie des Pays de la Loire, à la tête du fonds de dotation destiné à réunir des fonds privés pour le projet d’Arbre aux hérons », avaient-ils noté. Non seulement le maire de Nantes n’avait pas démenti mais elle avait placé un lien vers l’article sur son propre blog.

Ce détail chronologique a-t-il la moindre importance ? Ça se pourrait. Que sait-on à ce jour du Fonds de dotation de l'Arbre aux hérons ?

De toute évidence, il n’a pas l’indépendance exigée par la loi. C'est un instrument entre les mains de Nantes Métropole. Vis-à-vis de celle-ci, on pourrait dire qu'il est « transparent ». Cette transparence-là n'est pas une qualité. C'est une notion dégagée par la jurisprudence à propos d'associations créées par des collectivités pour réaliser des opérations en s'affranchissant des contraintes du droit public. Elle est sanctionnée par la Cour des comptes et la justice administrative ; en substance, c’est comme si l’association n’existait pas. 

Sauf erreur, les fonds de dotation étant de création récente, aucun n’a encore été jugé « transparent ». Mais celui de l’Arbre aux hérons pourrait être un bon candidat. Avec quelles conséquences ? Eh ! bien, que diriez-vous par exemple d’une remise en cause de la déductibilité fiscale des dons ? Mais pas d'affolement : à ce stade, il ne s'agit que d'hypothèses. Les premiers donateurs serviront de cobayes.

mercredi 25 octobre 2017

Glissements progressifs du blaisir

Paysage glissé, alias le toboggan du château des ducs de Bretagne, est-il là pour toujours ? Ce sera une installation « pérenne et remontée chaque été », avait dit, ou laissé entendre, Jean Blaise lors de la présentation du Voyage à Nantes 2017. Pour être remonté, encore faudrait-il qu’il fût démonté. Ce n’est pas le genre d’opération qu’on improvise. La dépose de l’installation devrait être à peu près aussi coûteuse et délicate que sa pose et faire intervenir à nouveau personnels et matériels spécialisés. Elle a été prévue dès le début.

Ou plutôt, manifestement, elle ne l’a pas été. Par oubli, par négligence, par calcul ? Quelle que soit l’explication, elle n’est pas à la gloire du Voyage à Nantes. Le toboggan est donc là pour un moment. « On va le laisser pendu aux remparts pour le transformer et le rallonger », avouait Jean Blaise à Julie Charrier-Jégo (Presse Océan du 1er septembre 2017) dès la fin du VAN 2017. Et voilà comment ce Paysage glissé d’un été glisse à la fois dans le temps et dans l’espace, devenant plus durable afin de devenir plus long.

Cette non-dépendaison pose quand même problème à plus d’un titre.

L’aspect esthétique n’est sans doute pas le plus important. Le toboggan zèbre un pan de rempart sans intérêt historique ni architectural, reconstruit à moindres frais après l’explosion de la poudrière du château en 1800. Sa courbe puissante, ses teintes brunâtres aux reflets métalliques font assez heroic fantasy, dans le fond. S’il paraît incongru, il n’est pas forcément une catastrophe visuelle.

L’aspect sanitaire mériterait plus ample analyse. La plate-forme où atterrissent les hardis
tobogganautes est posée au-dessus des douves. Que trouverait-on au-dessous, mijotant dans l’obscurité des eaux stagnantes ? L’idée même n’est pas ragoûtante.

L’aspect technique laisse dubitatif. « Nous avions fait les études nécessaires », assure Jean Blaise lui-même. Si les études nécessaires ont donné un toboggan raté, par quel miracle des études superflues donneraient-elles un toboggan réussi ? En rallongeant le toboggan d’un tronçon en pente douce, on espère sans doute éviter des chutes brutales à la minorité des visiteurs qui descendent trop vite. Ceux qui descendent à petite vitesse devront terminer la descente à pied ; le cas n’était déjà pas rare dans la configuration actuelle. Régler un défaut ne ferait qu’accentuer l’autre. Le vrai problème est qu’on ne peut pas faire un toboggan pour toutes les morphologies et toutes les positions. Ce n’est pas un hasard si la plupart des grands toboggans aboutissent dans une piscine, ce qui règle la question radicalement : tout le monde à l’eau. Mais qui désire plonger dans les douves du château (voir le paragraphe précédent) ? Quant au second gros problème technique du toboggan, la température, une prolongation n’y changerait rien. Quand le soleil tape, l’acier chauffe. À moins d’en faire une attraction nocturne ou de lui ajouter une toiture, il faudra toujours fermer Paysage glissé les après-midi de grand beau temps.

L’aspect juridique enfin est franchement abusif. Paysage glissé adorne le château au titre non d’un permis de construire mais d’une simple autorisation temporaire d’occupation. Il devait être démonté à la fin de la manifestation estivale. En se dispensant de l’enlever, le Voyage à Nantes s’est placé délibérément dans l’illégalité. Le comble est qu’il est aussi chargé par la ville de Nantes de gérer le château des ducs de Bretagne dans le cadre d’une délégation de service public (DSP) ! Toutes proportions gardées, il se conduit envers le château comme une famille d’accueil pédophile envers un enfant confié par les services sociaux...

Remarque complémentaire : Nantes Métropole accorde ses DSP au Voyage à Nantes sans appels d’offres. Elle se fonde pour cela sur une disposition dérogatoire du code général des collectivités territoriales : la mise en concurrence n’est pas obligatoire quand le délégant exerce sur le délégataire « un contrôle analogue à celui qu'il exerce sur ses propres services ». Nantes Métropole laisserait-elle ses propres services s’asseoir sur le droit de la construction ?

De l’autre côté de la douve, la statue d’Anne de Bretagne par Jean Fréour contemple le toboggan avec comme un petit sourire ironique. Les Malouins avaient reproché à la duchesse de construire au flanc de leur château une tour dont ils ne voulaient pas. « Quic-en-groigne, avait-elle répondu, ainsi sera car tel est mon bon blaisir. » Plaisir, pardon.

mardi 24 octobre 2017

La pancarte sauvage du cours Saint-Pierre fait encore des siennes

« Ce n’est pas la girouette qui tourne, c'est le vent », disait un politicien de la IVème République habitué à retourner sa veste. Serait-ce un vent surréaliste qui transforme en girouette la pancarte du cours Saint-Pierre censée orienter les piétons vers le musée d’arts et le jardin des plantes ? Elle s’est longtemps ingéniée à les égarer en les dirigeant vers la Tour LU.

On croyait les choses revenues dans l’ordre et la pancarte replacée dans le bon sens – même si l’indocile engin en avait profité pour raccourcir le temps de marche jusqu'au musée, passé de 3 minutes en 2016 à 2 en 2017. Or voici que cette pancarte indomptable pointe à nouveau vers la Tour LU !

samedi 14 octobre 2017

Les nouveaux remparts de Nantes

Place Louis XVI, on peut voir des vestiges de la muraille médiévale de Nantes.


Et aussi de la muraille contemporaine.


 Un nouveau Moyen-âge ? Plutôt un âge très moyen.

jeudi 12 octobre 2017

Royal de Luxe va-t-il rendre l’argent ? (Question rhétorique.)

Gratuit, le spectacle Miniatures de Royal de Luxe cet été ? Pas du tout : pour y assister, il fallait du temps, et le temps c’est de l’argent. Je ne parle pas ici des 80 minutes que durait le spectacle mais de l’attente pour obtenir l’un des 16.000 billets « gratuits ». On a vu des gens patienter plus de cinq heures ! Si chaque billet a « coûté » en moyenne deux heures de poireautage, il y en a pour 32.000 heures de perdues à faire la queue, soit plus de 60 % d’une vie entière de travail. Mais après tout, chacun utilise son temps à sa guise.

Jean-Luc Courcoult sur le mur de
Royal de Luxe
Miniatures a coûté 650.000 euros à la collectivité. Les contribuables ont donc payé 40,63 euros par spectateur. Pas mal pour un spectacle « gratuit ». D’autant plus que le spectacle a été montré aussi à Malines, en Belgique, essentiellement aux frais de la commune et du gouvernement flamand, à raison de 500.000 euros pour 12.000 spectateurs. (Oui, là aussi, le théâtre « de rue » se joue désormais en espace clos.)

Il faudrait bien sûr tenir compte aussi de la mise en place de la salle de spectacle en plein air, de la perte de recettes sur le parking de la Petite Hollande pendant près d’un mois, des frais de communication pris en charge par la ville, d’une partie des avantages permanents assurés à Royal de Luxe par Nantes Métropole, etc. Mais restons-en pour l’instant à ce montant : 650.000 + 500.000 = 1.150.000 euros.

Un spectacle tout petit-petit-petit-petit

Pour financer quoi ? Comme son nom l’indique, Miniatures, ce n’était pas grand chose. Hormis quelques centaines de verres cassés (416,67 euros les mille chez IKEA), les accessoires étaient réduits au strict minimum et la distribution n’était pas bien nombreuse. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est le patron de la troupe lui-même, Jean-Luc Courcoult, qui présentait Miniatures à Presse Océan comme « un spectacle tout petit-petit-petit-petit, avec pas grand monde dessus, pas beaucoup d'argent pour le monter, à peu près une dizaine de personnes pour le faire ».

Pas beaucoup d’argent pour monter le spectacle, plus d’un million pour le montrer : Royal de Luxe doit rouler sur l’or. Cela sera facile à constater puisque toute association qui perçoit plus de 153.000 euros de subventions publiques dans l’année doit publier ses comptes au Journal Officiel (article L612-4 du code de commerce et décret du 14 mai 2009). Rien que pour l’année 2016, la préparation de Miniatures avait valu à Royal de Luxe 310.000 euros de subvention de Nantes Métropole.

Royal de Luxe hors-la-loi depuis le 1er octobre

Qu’en dit donc le Journal Officiel ? Rien. Royal de Luxe n’a publié ses comptes annuels qu’une seule fois. Ceux de l’année 2012. L’association avait perçu cette année-là 1.459.602,80 euros de subventions, contre 1.607.393,36 euros en 2011. Il faut dire que l’obligation légale n’est assortie d’aucune sanction directe : pourquoi se gêner ? Heureusement pour Royal de Luxe, les Nantais ne sont pas très curieux, car n’importe lequel d’entre eux pourrait demander au président du tribunal de l’obliger à publier ses comptes.

Mais ici, l’obligation légale se double d’une obligation contractuelle. La convention portant sur la subvention 2016 signée entre Nantes Métropole et Royal de Luxe conditionne les versements au respect de différentes clauses dont l’une se réfère explicitement à l’article L612-4 du code de commerce, c’est-à-dire à la publication des comptes.

Fabrice Roussel et Jacques Leroy, signataires de cette convention respectivement au nom de Nantes Métropole et de Royal de Luxe, honoreront-ils leur engagement ? Pour le second, c’est déjà trop tard : les comptes de Royal de Luxe pour 2016 auraient dû être publiés au plus tard le 30 septembre. Reste à voir si le premier saura se faire respecter en résiliant la convention, comme le prévoit l’article 10 de celle-ci.

jeudi 28 septembre 2017

Ces pancartes municipales nantaises qui égarent les piétons

Ah ! la poésie des panneaux municipaux pour piétons ! On a évoqué ici cette pancarte du cours Saint-Pierre qui a longtemps envoyé vers la tour LU les visiteurs en quête du musée des beaux-arts. Relibellée « musée d’arts » et redirigée correctement vers l’établissement, elle a aussi raccourci le temps nécessaire pour y parvenir : l’an dernier, c’était 3 minutes, aujourd’hui, c’est 2 seulement.

Mais Nantes n’a pas fini de s’emmêler les panneaux. Un lecteur me signale (merci EL) une belle étrangeté. Place Louis XVI, une paire de pancartes indique que pour arriver au musée d’arts et au jardin des plantes, il faut marcher vers le sud. Et en même temps, une autre paire de pancartes placée sur le même poteau montre qu’il faut marcher vers l’est.

Ah…

Bizarre, n’est-ce pas ? Et pourtant ça n’est pas faux. Tous les Nantais savent que depuis la place Louis XVI* on peut aller au musée et au jardin par la rue Gambetta, vers l’est donc, ou par le cours Saint-Pierre, vers le sud donc, puis la rue Clemenceau. Ils le savent même si bien, les Nantais, qu’ils n’ont pas besoin que des pancartes municipales le leur disent. Ces pancartes sont faites pour les touristes.

Et croit-on vraiment qu’elles les éclairent ? Deux musées d’arts ! s’exclament les touristes optimistes. Quelle ville bien dotée ! Mais lequel des deux allons-nous visiter ? Et de le jouer à pile ou face… Quand aux pessimistes, on en a vu hésiter longuement puis finir par renoncer, puisque de toute façon, à cette heure-ci, ça doit être fermé.

Les uns et les autres ont tort. Les touristes disciplinés, eux, n’hésitent pas : pour arriver au musée d’arts, ils ne lèvent pas les yeux vers les pancartes, ils les baissent vers la ligne verte. Et celle-ci les dirige… vers le nord, par la rue Saint-Clément**.
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* Les Nantais ne savent pas tous que c’est vrai aussi depuis la place du Maréchal-Foch.
** Et elle est où, au fait, la rue du Maréchal-Joffre ?

mardi 26 septembre 2017

Le fonds de dotation de l’Arbre aux hérons, trop bien doté en dirigeants

Le fonds de dotation de l’Arbre aux hérons va-t-il partir en vrille ? En tout cas, son décollage paraît laborieux. Ce fonds censé permettre le cofinancement privé du projet d’Arbre aux hérons doit entrer en action dans les prochains jours et sera piloté par la CCI, annonce la presse. Sa création imminente est annoncée depuis plusieurs mois ; ses statuts ont été adoptés par le conseil de Nantes Métropole au mois de juin.

Ainsi – un instant d’attention soutenue s’il vous plaît – un établissement public (la CCI) et une collectivité locale (Nantes Métropole) vont créer un fonds de dotation (forme juridique instaurée en 2008) pour cofinancer un équipement géré par une société à capitaux publics relevant du droit privé (Les Machines de l’île) et construit par une association loi de 1901 (La Machine). Ça commence à chauffer sous les crânes.

Et ça n’est pas fini. Nantes Métropole a publié le 20 septembre sur le site de l’APEC une offre d'emploi portant sur un poste de « Délégué(e) général(e) de fonds de dotation, Arbre aux Hérons » présenté comme un « cadre du secteur privé ».

Et en même temps, comme dirait Emmanuel Macron, Nantes Métropole a publié sur le site web de la fonction publique territoriale une autre offre d'emploi concernant un poste de « Délégué.e générale.e de fonds de dotation, Arbre aux Hérons » (oui, on pratique l’écriture « inclusive » dans la fonction publique), au grade d’administrateur, administrateur hors classe ou administrateur général.

Deux délégué.e.s généra.les.ux, l’un.e fonctionnaire et l’autre cadre ? C’est au moins un.e de trop ! Et probablement deux de trop, en réalité. La loi exige d’un fonds de dotation qu’il soit indépendant. Peut-il l’être si son délégué général est embauché par une collectivité locale, cofondatrice du fonds ? Pire : la loi interdit aux collectivités locales de subventionner les fonds de dotation. Gérer un recrutement, n’est-ce pas déjà une subvention en nature ? Sans parler bien sûr de l’éventuelle rémunération du délégué général. La rémunération brute moyenne d’un administrateur général dépasse 60.000 euros. 

Décidément, comme prévu par La Méforme d’une ville, le dossier Arbre aux hérons devient une usine à gaz inextricable. Nantes Métropole s’en serait-elle aperçue à retardement ? En tout cas, les deux offres d’emploi ont soudain cessé d’être disponibles ce matin.

Mais il n’est pas difficile d’en trouver trace sur le web, sous cache Google ou sur le site Facebook créé par la Jeune chambre économique Sud-Loire.
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P.S. Comme un lecteur me le fait remarquer (merci EL), la date limite de réponse, le 25 septembre, peut expliquer la suppression des deux annonces. Mais elle n'explique pas pourquoi on a proposé simultanément un poste de fonctionnaire et un poste de cadre privé. Et elle soulève un autre mystère : qu'espère-t-on en publiant le 20 une offre d'emploi à échéance du 25 ? Attirer de bons candidats ? Ou bien être sûr de ne recevoir que la réponse qu'on avait déjà dans la manche ?

dimanche 24 septembre 2017

Mediacités : enfin de l’investigation à Nantes

Enfin Mediacités vint. Il manquait à Nantes un média d’investigation. La presse locale, si elle enquête sur de nombreux sujets, préfère peut-être ne pas trop approfondir ceux qui sont très, disons, « institutionnels ». La Lettre à Lulu, avec ses déclinaisons sur le web et sur Facebook, tend plutôt vers le journal d’opinion vu la place qu’y tiennent les commentaires engagés. Les blogs comme Polémique Victor, de Jean-Claude Charrier, ou Les États et empires de la Lune, d’Éric Chalmel, alias Frap, qui soulignent, critiquent ou recoupent certaines informations, sont trop épisodiques pour peser très lourd.

Mediacités affiche l’ambition de combler ce manque. Ce « journal en ligne d’investigation et de décryptage » accessible sur abonnement vise même très haut. « Nous croyons que la presse doit jouer un rôle de contre-pouvoir au niveau local », indique son manifeste.

Le site « sera décliné dans les métropoles de France en autant de sites que d’agglomérations couvertes », et pour Nantes, voilà, après Lille, Lyon et Toulouse, c’est donc fait : Mediacités a officiellement lancé son édition nantaise le 13 septembre au MEDIACAMPUS du boulevard de la Prairie au Duc. Avec comme coup d’envoi une enquête décoiffante sur The Bridge, la croisière-événement qui a ramené le Queen Mary II dans l’estuaire de la Loire au début de cet été. Il est juste dommage de lui avoir adjoint, comme en contrepoint, une tribune libre de Goulven Boudic empruntée à Place publique qui vole beaucoup plus bas, avec même un soupçon de naïveté sur les bords (non, le concept de « croisière laborieuse » n’est pas du tout « inédit »).

La deuxième grande enquête publiée par Mediacités porte sur « L’échec très discret du tram-train Nantes-Châteaubriant ». Faut-il y voir un message subliminal ? On y découvre en tout cas que s’il arrive aux collectivités locales de gaspiller l’argent des contribuables avec les croisières privées, elles savent très bien le faire aussi avec les transports publics…

mercredi 20 septembre 2017

Les mystères du VAN : Où va l’argent des touristes à Nantes ?

En matière touristique, distinguer « visites » et « visiteurs » représente déjà un effort. Certains peuvent s’y laisser prendre. « Plus de deux millions de visiteurs » a titré Ouest France à propos du Voyage à Nantes 2017. Mais non ! Il ne s’agissait que de visites dénombrées sur vingt-cinq sites soit par un compteur, soit par un « médiateur », soit par une billetterie. Le Voyage à Nantes revendique « seulement » 800.000 visiteurs. Chacun d’eux n’aurait donc même pas visité trois des sites phares du Voyage à Nantes… Conclusion : soit les visiteurs étaient bien moins nombreux en réalité, soit ils ne sont pas venus pour le VAN. Soit les deux à la fois.

Et si déjà le nombre de visites ne dit pas combien il y a eu de visiteurs ni combien il y avait de Nantais dans le lot, il dit encore moins combien ils ont dépensé. Jean Blaise en a sa petite idée. Ou sa grosse idée. « L’an dernier, les retombées économiques ont été évaluées à 50 millions d’€, le résultat sera sans doute supérieur », a-t-il indiqué (Presse Océan du 5 septembre 2017). L’an dernier, Le Voyage à Nantes revendiquait même 51,1 millions d’euros de « consommation touristique des visiteurs estivaux sur le territoire métropolitain » pour 644.000 visiteurs et 80 euros de dépenses par visiteur.

Des touristes très radins... ou bien moins nombreux qu'on ne le dit ?

Les 644.000 visiteurs de 2016 ont été comptés dans les mêmes conditions que ceux de cette année, avec 1.715.527 « visites » dénombrées sur vingt-trois sites, soit moins de 2,7 visites par visiteur en moyenne – et même moins de 1,4 si l’on excluait le Jardin des plantes et la cour du château des ducs de Bretagne. Décidément, les touristes ne montrent pas beaucoup d’intérêt pour les merveilles du Voyage à Nantes.

Les 80 euros de dépenses par visiteur sont-ils davantage plausibles ? Un visiteur qui passe une nuit à l’hôtel dépense aisément 80 euros, et même 160 euros à deux avec le dîner. En revanche, une famille de cinq personnes venue de Rennes ou de Pornic passer la journée à Nantes dans l’espoir – déçu – de dévaler le toboggan du château ne dépense certainement pas 400 euros. Et si le visiteur est Nantais, ce que les compteurs ne savent pas voir, il ne dépense rien. En tout cas, ce n’est pas en billetteries que les visiteurs se ruinent, comme le montre le petit tableau ci-dessous :


Visites VAN 2017
Tarif plein
Recette maxi, €
Musée Jules Verne
9 180
3
27.540,00
Planétarium
2 800
6
16.800,00
Château des ducs de Bretagne
56 463
8
451.704,00
Machines – Galerie
102 500
8,50
871.250,00
Machines – Carrousel
96 242
8,50
818.057,00
Machines- Voyage Grand Éléphant
32 775
8,50
278.587,50
Musée d’Arts
89 632
8
717.056,00
Muséum d'histoire naturelle
23 416
4
93.672,00

Total : 3.274.666,50 euros d’achats de billets pendant les deux mois du Voyage à Nantes, soit en moyenne 4,09 euros par « visiteur » revendiqué : même pas un demi-tour de manège au Carrousel. Si la « consommation touristique » était identique à celle de l’an dernier (51,1 millions d’euros), les billets d’entrée dans les différentes attractions n’en représenteraient que 6,4 % au maximum. Et en réalité beaucoup moins puisque,
- d'abord, une bonne partie des billets ont été vendus à des habitants de la métropole et non à des touristes,
- ensuite, par le jeu des diverses réductions et des formules « Pass », le prix moyen réellement payé par les visiteurs est bien inférieur au tarif plein.
Radins sur les billetteries, les touristes seraient-ils miraculeusement plus prodigues en hôtellerie-restauration ?

Nombre de touristes et dépenses des touristes, les deux termes du calcul de la « consommation touristique » affichée par Le Voyage à Nantes sont donc éminemment suspects. Alors, le jeu en vaut-il quand même la chandelle ? À suivre…

vendredi 15 septembre 2017

Nicole Araignée ? Quel drôle de nom pour un peintre !

Le musée d’arts se hâte lentement. Nantes Métropole recherche pour lui un conseil en communication« Suite à l'ouverture du musée au public le 23 juin 2017, le service communication du musée doit mettre en oeuvre sa politique de communication », explique froidement la direction de la culture. Eût-il pas été préférable que ledit service se préoccupât d'accomplir sa mission avant même l'ouverture du musée au public ? Sans doute a-t-il été pris de court par la rapidité de celle-ci, avec seulement quatre ans de retard sur les prévisions initiales. Il lui aura fallu encore près de trois mois pour découvrir qu'en raison de « compétences actuellement absentes du service » il a besoin d'un prestataire extérieur.

Ce dernier, retenu pour quatre mois, devra se charger de tâches exigeant des compétences rares comme la « rédaction de dossiers de presse » et les réponses aux « sollicitations et besoins divers du service ». Mais il ne sera pas seulement chargé de rattraper le temps perdu : il devra « préparer la communication de la première grande exposition temporaire d'hiver ». Celle-ci « établit le musée dans le concert des grands musées européens mais également internationaux comme Le Louvre, la National Gallery de Londres ou encore le Metropolitan de New-York », claironnait six mois à l’avance le dossier de presse du musée d’arts. Elle ouvrira ses portes le 1er décembre. C’est-à-dire que le communicant choisi n’aura en pratique que deux mois pour hisser le musée d’arts de Nantes au niveau des plus gros calibres internationaux. On cherche un surhomme.

Le défi est d’autant plus grand que l’exposition grâce à laquelle le musée d’arts de Nantes se mesurera au Louvre et au Metropolitan sera consacrée au peintre Nicolas Régnier (1591-1667). Un « génie caravagesque », assure le dossier de presse du musée, pas avare de compliments, mais un génie quand même pas très connu à ce jour. Du reste, il semble que Nantes ne possède pas une seule de ses œuvres : les quarante tableaux exposés viendront d’ailleurs. Pourquoi alors avoir choisi cet artiste pour une première exposition de prestige ? Sans doute parce que la Bretagne possède avec Annick Lemoine, enseignante à l’université de Rennes 2, la première (et seule) spécialiste internationale incontestée de son œuvre.

L’exposition sera sûrement irréprochable. Un catalogue publié par Liénart est déjà dans les cartons. Un colloque international sur les peintres étrangers en Italie au temps de Nicolas Régnier aura lieu dans l’auditorium du musée sauvé à grands frais des eaux souterraines. Ne reste qu’à faire venir le public. Là, ce sera au conseil en communication de jouer. Et il n’aura pas la tâche facile puisque Nicolas Régnier n’est pas seulement peu connu, il l’est sous différents noms. Hors de France, ce peintre flamand qui a surtout exercé en Italie est plus souvent appelé Niccolò Renieri, ce qui ne favorise évidemment pas une notoriété internationale. Déjà que tout le monde ne sait pas que Leonardo da Vinci ne fait qu’un avec Léonard de Vinci…

mercredi 13 septembre 2017

Jean Blaise dézingue-t-il Hécate pour sauver le toboggan ?

Nicolas Darrot « s’est planté », a dit suavement Jean Blaise à Julie Charrier-Jégo et Tifaine Cicéron (Presse Océan, 5 septembre 2017) à propos de Hécate, cette œuvre posée place Graslin le temps du Voyage à Nantes. L’extérieur, déjà, n’était pas bien beau. Les plus indulgents comparaient l’installation à une tente de Bédouins ; les moins aimables, à un gros sac poubelle. Mais la vraie déception était à l’intérieur, « cela ne fonctionnait pas quand il n’y avait pas de soleil », déplore Jean Blaise. Certes, pour qui visitait Hécate par temps gris, comme ce fut mon cas, « il ne se passait pas grand chose ».

Qu’un dispositif opto-mécanique censé jouer avec la lumière soit comme un joueur du FCN privé de ballon quand le Soleil n’est pas là, on aurait pu s’en douter. D’autant plus que Hécate est la déesse de la Lune : le désastre était annoncé. Ce n’est pas tant Nicolas Darrot que son commanditaire qui s’est planté. « Ce sont les aléas de la création », dit Jean Blaise. Non, ce sont les aléas d’un donneur d’ordre qui n’a pas bien réfléchi à ce qu’il allait obtenir.

Mais pourquoi Jean Blaise étale-t-il si complaisamment son échec ? On l’a entendu plus d’une fois rhabiller en coup de génie les flops les plus manifestes. Deux-trois adjectifs bien sentis et le tour était joué. Hécate aurait pu devenir une « ode magique aux éléments qui déploie ses séductions aux premiers rayons de l’astre des cieux », ou quelque chose dans le genre, histoire de renvoyer la responsabilité sur la météo.

Quel contraste avec le toboggan du château des ducs de Bretagne ! Inaccessible la moitié du temps, Paysage glissé a vu passer cinq fois moins de visiteurs que Hécate et a sûrement fait bien plus de déçus. Qu’importe, Jean Blaise est pour lui plein d’indulgence. « Nous avions fait les études nécessaires, mais il ne faut pas oublier que c’est un prototype », a-t-il dit à Julie Urbach, de 20 Minutes. Un prototype est le premier exemplaire d’un objet destiné à être produit en série. Et l’on croyait que c’était une œuvre d’art ? Quant aux « études nécessaires », vu le résultat, il n'est pas sûr que les trois protagonistes de la maîtrise d'œuvre -- architecte, constructeur, bureau d'étude -- soient ravis qu'on y insiste.

Hécate n’était pas moins un prototype que Paysage glissé. Pourquoi alors crier Darrot sur le baudet ? Pour détourner les regards, le temps que Jean Blaise redore le blason de son toboggan, qu’il voudrait conserver ad vitam aeternam ? Ce qui est une autre histoire – on y reviendra.